Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 09:00
Je vous disais il y a quelques jours la difficulté du choix parmi les 600 romans de la rentrée littéraire. Ma lecture du moment, encore en cours, vient parfaitement illustrée mon propos.
Après le livre (attendu) de Sorj Chalandon, j'ai opté pour Des Hommes de Laurent Mauvignier, aux Editions de Minuit.
Choix "classique", sans grandes prises de risque ; les critiques sont plutôt élogieuses, l'auteur reconnu, l'éditeur exigeant.
Sauf que voilà, cela ne fait pas tout ; et surtout cela ne fait pas forcément un livre que j'aime.

L'histoire : celle de Feu-de-Bois, que l'on appelait Bernard, mais c'était avant qu'il ne sombre dans l'alcoolisme, avant qu'il ne succombe à sa haine ; avant, surtout, qu'il ne parte en Algérie, avant la guerre.
Feu-de-Bois et Solange, sa soeur, qui le défend envers et contre tout, jusqu'au jour où il "dérape" et commet l'irréparable, jusqu'au jour des 60 ans de Solange et l'agression de la femme de Chefraoui.

Quatre chapitres, quatre moments ramassés : "Après-midi", "Soir", "Nuit", "Matin". Quatre temps pour raconter une vie, pour expliquer l'inexplicable, pour faire ressurgir le passé et tenter de dessiner le portrait d'un homme.

Cette histoire avait tout pour me captiver, pour m'emporter. Alors quoi ? Pourquoi est-ce que cela ne fonctionne pas ?
Parce que j'ai l'impression d'être face à un exercice de style dénué de sens. Parce que l'écriture, la syntaxe me gênent. Parce que j'ai l'impression que Mauvignier se regarde écrire, et prend plaisir à se regarder faire.
Enfin parce que dès la première phrase, je sais que je suis en train de lire un texte estampillé "Editions de Minuit" ; et que cela m'agace.

Quelques exemples de ce que je veux dire par syntaxe "Editions de Minuit" :
- la ponctuation d'abord, tantôt absente, là où elle serait nécessaire à la compréhension, tantôt surabondante pour "sur-signifier"
- le rythme ensuite, qui découle de cette ponctuation, et sur lequel je ne parviens pas à avoir de prise ; alors même que le découpage des chapitres signalent une attention particulière au déroulement de l'histoire.
- le style, finalement, un peu "pompier" : qui se regarde faire encore une fois, complaisant.

Une démonstration par le texte ?
"Attendez, je comprends pas.
Quoi, Rabut, qu'est-ce que vous ne comprenez pas ?
Vous me dites que Feu-de-Bois.
Chefraoui a raconté l'incident de cet après-midi. Comment votre cousin a bu, l'esclandre qu'il a fait. On veut savoir si vous confirmez.
Attendez, si je confirme. Si je. Que je. Vous voulez que je. Moi, que je dise. Et que je confirme oui, ici, ce qui s'est passé ici. On ne va pas parler de ça, pas ici, c'est pas possible, on ne va pas.
Non."


Je trouve ce passage, comme beaucoup d'autres, tout à fait artificiel. La visée de l'auteur m'échappe, sa phrase ne porte pas son propos.

Je suis dure sans doute ; mais surtout je suis déçue. J'aime les précédents livres de Mauvignier. Je garde un souvenir agréable de son texte "Dans la foule".
Il ne faut pas placer la barre trop haut, on tombe parfois violemment.

(prochain livre "critiqué" sur ce blog ? J'hésite... soit un auteur que j'aime - mais vais-je reprendre ce risque ? - soit un parfait inconnu pour moi... surprise donc ! La liste : Eric Holder avec Bella Ciao ; Brock Clarke et le génialement titré Guide de l'incendiaire de maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre ; ou enfin le texte de Jean-Michel Guenassia, Le club des incorrigibles optimistes... Suite au prochain paragraphe.)
Par Stéphanie - Publié dans : Livres
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