Partager l'article ! Rentrée littéraire, chapitre 3 : Laurent Gaudé - Ouragan: "Moi, Joséphine Linc. Steelson, pauvre négresse au milieu de la tempête, je sais ...

"Moi, Joséphine Linc. Steelson, pauvre négresse au milieu de la tempête, je sais que la nature va parler. Je vais être minuscule, mais j'ai hâte, car il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu'un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d'une petite existence."
Ouragan, un livre trop court, où Laurent Gaudé réussit le tour de force d'un roman choral au milieu de La Nouvelle-Orléans, rendue au bayou, au moment du
cyclone Katrina de 2005.
La vieille Josephine Lincoln Steelson ouvre le récit de la catastrophe. La vieille négresse centenaire sait qu'une chienne est en route. Qu'il lui saura donner de voir la dévastation du monde. Qu'il lui saura donner de voir l'homme dans sa nudité et dans sa perte totale. Elle est sereine quand elle prend le bus ce matin-là. Elle est sereine parce que le pire va arriver, et qu'elle est prête à l'accueillir.
Rose sort du tribunal. Elle a perdu ce matin. Tout. Tout ce qui lui restait d'espoir. Elle se retrouve face au néant qu'est sa vie depuis six ans, depuis le départ de son amour Keanu, depuis la naissance de Byron, fils de personne. Elle rentre chez elle, et cette tempête sera son renouveau ou la fin de tout.
Les prisonniers de Orleans Parish Prison aboient dans leurs cellules quand le révérend illuminé arrive. On a évacué les chiens du chenil de la prison. Tout est en ordre. Eux peuvent bien crever. Submergés par l'eau et le vent, noyés dans leurs cellules.
Keanu, dans son motel à 400 kilomètres de là, l'âme asséchée, tente d'éloigner les six années écoulées. Six années mortes,
passées sur une plate-forme pétrolière, six années à tenter de comprendre pourquoi il a fuit Rose, pourquoi il a fuit leur vie qui se déroulait sans peine.
Alors, quand il apprend qu'un cyclone va s'abattre sur La Nouvelle-Orléans, il n'hésite pas une seconde, il part pour
retrouver Rose, et tout dire, enfin.
Au fil de la catastrophe, tous ces personnages vont se croiser, s'aider ou s'entre-tuer, dans La Nouvelle-Orléans dévastée par les eaux, par le vent ; une ville rendue aux alligators où chacun va se débattre pour apprendre à se connaître.
C'est un beau livre que signe Laurent Gaudé cette année, qui me réconcilie avec cet auteur dont j'avais peu aimé le dernier roman "La porte des Enfers".