Je viens de relire ce beau texte de Michel Besnier, Une maison n'est rien. Relire, non parce que je l'avais oublié, mais parce qu'il arrive que certains livres résonnent particulièrement en nous, à un moment précis. Je voulais simplement m'y confronter à nouveau ; comparer des sensations de lecture ressenties il y a deux ans, et celles qu'il pourrait provoquer aujourd'hui. Expérience troublante que de relire un livre que l'on a profondément aimé ; troublante, et réjouissante.
Une maison n'est rien raconte la mise en vente et le déménagement de la maison d'enfance du narrateur ; la maison des parents, dans laquelle il a grandi, dans laquelle il a joué au foot avec son père, il a fait ses devoirs d'écolier, il a guetté les heures égrénées sur le carillon de la salle à manger. Cette décision si banale - vendre la maison familiale - devient moment charnière dans la vie d'homme de Michel Besnier ; heure de bilan, de compréhension de qui il est et de ce qui le constitue ; moment de pause et de regard en arrière, vers son père et sa mère, vers sa vie d'enfant.
La simplicité des mots, la franchise des sentiments font de ce texte très personnel une histoire universelle ; de celle qui touche en plein coeur, qui appelle des souvenirs communs à tout un chacun ; une sorte de nostalgie - que Michel Besnier voudrait évacuer sans y parvenir - partagée par tous pour un moment de notre existence.
Une maison n'est rien m'a bouleversée, à nouveau, et peut-être plus que la première fois. Il y a deux ans ce texte me parlait directement, brutalement ; aujourd'hui il me parle avec le poids du temps passé, avec quelques souvenirs enfouis, des fragments d'images - le carrelage de la cuisine et les verres à pieds vieux rose - , des bribes de conversations au bout de la table - "t'as bien appris à l'école ?", "mange, tu sais pas qui te mangeras" - ; il me parle avec le recul, avec la douleur en moins.
Le bon sens populaire dit "avec le temps va, tout s'en va", je suis heureuse, grâce à Michel Besnier de découvrir que je vis le temps qui passe différemment, et que plus je vieillis plus je me souviens.
Je vous laisse entendre la voix de Michel Besnier, et vous recommande chaudement la lecture de ce livre.
"Meursault aurait dû pleurer à l'enterrement de sa mère, j'aurais dû pleurer en vidant la maison. Mes larmes, je les diffère et détourne. Je pleure dans le noir d'une salle de cinéma ou d'une salle de concert, pour tout autre chose, pour rien. On ne se contrôle pas impunément pendant des années, on finit par conjuguer insensibilité et sensiblerie. On est froid quand il faudrait fondre, et on s'effondre dans une chansonnette. Pleurer une bonne fois sur la maison, sur mon père, sur ma mère et sur moi. "Effacer l'ardoise", dit-on. J'ai effacé. Mais mon tableau noir que j'ai effacé mille fois, et même lessivé, a gardé dans la peinture et le bois la trace des dessins effectués avec une craie trop dure, des dessins obscènes."