Présente les coups de cœur, l'actualité, les découvertes de l'équipe de la bibliothèque Xavier-Grall
Il y a quelques jours, nous recevions à la bibliothèque le jeune auteur toulousain Julien Campredon.
De nos échanges ressort surtout notre envie commune de "littérature", et, curieusement, sa quasi disparition chez les éditeurs français...
Alors, oui, on peut dire que le propos est exagéré... oui... encore que...
Il y a de la rage à voir comment un novelliste talentueux tel Julien "galère" pour trouver un public, une certaine visibilité dans le monde éditorial ; alors que, dans le même temps, certains penseurs - légitimes à "penser" la littérature - peuvent encenser des ouvrages qui ne le méritent pas.
Je suis dure ? oui. Mais j'ai une très haute opinion de l'écriture - je comprends parfaitemement ce mot de Stendhal : "Etre Chateaubriand, ou rien" - je tiens aussi en très haute estime les libraires et mes collègues bibliothécaires (je me flatte un peu en passant, c'est toujours bon à prendre !) ; et là, j'en ai assez ! Deux rentrées littéraires par an ; des livres en pile (comme dirait Vivian, de la médiathèque de Lisieux) ; de la page vendue au kilo... assez...
Assez des éloges d'un Sollers, qui, sans le dire, sait très bien qu'il a ce pouvoir - tout parisien - de faire et défaire les écrivains.
Assez de tous ces articles sur les maisons d'éditions, les auteurs, les thèmes qui ont pignon sur rue.
Assez de ne jamais entendre parler de la vraie petite édition...
La bibliothèque de Landivisiau ne fait pas exception à la règle... oui, nous avons acheté le dernier Marc Lévy ; oui, nous acheterons le prochain Amélie Nothomb, dont on connait sans doute déjà la date de sortie, le contenu, les bons mots (si j'ose dire !)
Pourtant l'équipe de la bibliothèque reste vigilante à l'édition de la marge (c'est un des engagements de notre charte d'acquisition) ; les auteurs reçus chez nous ne sont pas des "poids-lourds" de la littérature (à qui la faute ?), ils sont le plus souvent édités chez des petits éditeurs, ils courrent le cachet comme on dit... Les animations de la bibliothèque sont pensées en lien direct, toujours, avec ces passionnés qui "bricolent" leurs livres, et qui font parfois de petites merveilles : vous pourrez en juger le 20 mars, avec les éditions DLC, maison d'édition de poésie contemporaine basée à Douarnenez, et qui nous fait le plaisir d'accepter notre invitation.
Un article élogieux (un peu trop à mon goût) a mis le feu aux poudres... un article du Nouvel Obs, consacré au premier roman d'Elsa Fottorino "Mes petites morts", et qui qualifie ce roman de "splendide"...
Sans vouloir jouer la rabat-joie ou la bibliothécaire à chignon se nourrissant de "belle littérature" et de classiques inattaquables, il faudrait voir à se détendre et goûter un peu du charme de la litote...
"Splendide" ? vraiment ?
Comment on fait, après, quand on a lu un bon livre - un vrai ? hein ?
Sur ces entrefaites, je reprends mon Livre Hebdo (comme tout bibliothécaire qui se respecte, et qui du coup achète les mêmes livres que le voisin...), je regarde un peu les meilleures sorties de la semaine, je prépare ma valise pour le Salon du Livre de Paris (la Grand Messe...) et je remballe ma colère. Jusqu'à la prochaine fois...
Mais juste avant, un conseil de derrière les fagots : essayer donc de lire cette nouvelle de Julien Campredon : "Boris le Babylonien contre l'aligot littéraire" ; et si, après la bonne rigolade qui va vous secouer, vous vous retrouvez un peu en colère contre le monde merveilleux des livres, je vous rassure, c'est normal. Et puis ça passe...